A destination des jeunes générations je vais en faire le récit, devoir de mémoire en quelque sorte.
En préambule et pour une bonne compréhension de la suite je dois avouer que j'ai toujours été myope, mais aussi que je détestais porter des lunettes que je mettais uniquement durant les cours pour lire ce que les profs écrivaient au tableau; d'autre part j'ai commencé à conduire à l'âge de 12 ans la 4CV que je présente ici.
Je l'ai conduite en "conduite accompagnée" sur le petites routes tourangelles à partir de l'âge de 17 ans.
Donc début 1973 mon père m'inscrit à l'auto-école où ma mère et ma sœur avaient passé leur permis quelques années plus tôt afin que je puisse passer le mien en avril après l'anniversaire de mes 18 ans. Pour mémoire en 1973 le majorité était à 21 ans.
J'aurais préféré aller à l'auto-école Farjon de Tours qui donnait des cours de conduite avec une Simca 1200S, engin beaucoup plus attirant que la R6 TL qui équipait l'auto-école à laquelle j'allais aller.
De toute façon l'argument du tout à l'arrière comme sur la 4CV n'aurait pas tenu devant la différence de tarif.
Tout semblait donc bien enclenché, quand survint la réforme du permis de conduire, remplaçant les questions de code posées par l'inspecteur dans la voiture par le test des diapositives.
j'ai donc été parmi le tous premiers à "bénéficier" de cette nouvelle méthode. A l'époque point de boitier électronique pour répondre aux questions mais une feuille de papier avec un tableau de 40 lignes numérotées et 5 colonnes (pas à la une) A, B, C, D, E, que l'on cochait au stylo; l'inspecteur apposait ensuite un calque afin de compter les fautes.
Je m'en suis tiré honorablement avec 2 fautes.
Rassurez-vous, les jeunes, les questions pièges ont été inventées en même temps que la méthode, la voiture grise asphalte, dans le minuscule rétroviseur gris dans un coin de la diapo était déjà là, ainsi que le feu vert dissimulé dans le feuillage d'un arbre.
Conséquence, en avril je n'ai donc passé que l'épreuve de code.
J'ai dû attendre 2 interminables mois avant de passer la conduite, le 12 juin 1973 donc.
Et de même prendre 3 ou 4 1/2 heures de conduite supplémentaires pour maintenir l'entrainement durant l'attente.
C'est donc avec 9 heures de conduites "officielles" que je me suis rendu à l'examen situé derrière la mairie de St Pierre des Corps, RdV auquel je me suis rendu en vélo demi-course, habitant à 6 km de là.
Vint l'heure de mon tour, où je m'installais au volant accompagné de l'inspecteur, en 1973 le moniteur n'était pas invité à la fête.
L'inspecteur me fait prendre une rue pour sortir de l'agglomération rapidement en montant sur la levée de la Loire direction Montlouis/Loire, nous faisons approximativement 2 km avant que l'inspecteur me demande de faire demi tour profitant d'un large dégagement créé par un virage de la levée qui avait été coupé.
Nouveau changement de direction vers la gauche pour retourner dans le centre de St Pierre, en empruntant une des quelques rues qui descendent de la levée de la Loire, descente courte mais néanmoins pentue.
Là il me désigne une place entre 2 voitures de stationnées sur la droite, m'obligeant de fait à faire un créneau dans la descente et par la même occasion un démarrage en côte en marche arrière.
Je pense avoir eu 1 ou 2 secondes d'hésitation.
Est-ce que je faisais le démarrage en côte comme tout conducteur un poil aguerri le fait en lâchant la pédale frein pour aller directement sur la pédale d'accélérateur et faire patiner l'embrayage, ou est-ce que j'appliquais la méthode "académique" en passant par la case frein à main?
Devant l'enjeu je n'ai pas pris de risque et j'ai choisi la version "académique", les inspecteurs de l'époque étant généralement des militaires en retraite avec une réputation pas toujours de bienveillance, surtout à la veille des congés d'été, soucieux de ne pas jeter des conducteurs novices sur les routes.
L'inspecteur ne m'a pas laissé le temps de terminer le créneau qu'il me demande de repartir vers le point de rendez-vous.
Arrivé sur place il me demande de m'arrêter à une trentaine de mètres d'un poids-lourd, j'essaie bien de gagner quelques mètres comprenant ce qui allait se passer, mais la demande d'arrêt étant devenue péremptoire, il a bien fallu.
question de l'inspecteur:
- pouvez-vous me lire la plaque d'immatriculation du camion?
- Heuuu ça doit être un 37
- Vous portez des lunettes?
- oui
- Vous allez me les chercher sinon je ne vous donne pas votre permis.
J'ai donc repris mon demi-course en mode course pour aller chercher les dites lunettes, que j'ai ramenées avec la Peugeot Bima familiale, plus rapide et moins fatigante.
C'est ainsi que mon permis porte la mention "port des verres correcteurs"



